Baudelaire : Aux origines d’une postérité légendaire – Analyse de la genèse d’un mythe par Catherine Delons
Charles Baudelaire, poète éblouissant et essentiel, fascine encore aujourd’hui par son héritage littéraire qui transcende le temps. Entre 1866 et 1872, les dernières années de sa vie et le début de sa postérité dessinent une nouvelle dimension de son œuvre, bien au-delà de la simple reconnaissance posthume. C’est cette genèse complexe d’un mythe, portée par des fidélités intenses, des luttes éditoriales et une constellation de témoignages, que Catherine Delons analyse dans son ouvrage « Baudelaire, L’entrée dans la postérité ». Loin de l’idée d’une gloire spontanée, elle dévoile un processus conflictuel, social et artistique, où le silence du poète devient un creuset pour la construction d’une figure légendaire qui incarne la modernité littéraire.
Ce tournant crucial dans l’histoire littéraire française est aussi une formidable exploration des mécanismes de la mémoire collective et des jeux d’influences entre amis, éditeurs et critiques. Baudelaire ne meurt pas tout à fait en 1867 ; il devient une icône façonnée par ceux qui refusent l’oubli et préparent la transmission de son œuvre aux futures générations. À travers une documentation soignée, cette étude fait résonner l’histoire intime du poète avec les enjeux profonds de la fabrique du mythe, un phénomène fascinant qui entre en résonance avec nos contemporains et suscite une réflexion toujours vive sur le poids de la postérité. Découvrez comment, au fil de ces années charnières, la silhouette fragile d’un homme s’efface progressivement pour laisser place à une légende impérissable.
Le silence de Baudelaire : un événement fondateur dans sa postérité littéraire
Le 31 mars 1866 marque une étape capitale dans la vie et la postérité de Charles Baudelaire. Victime d’une hémiplégie et d’une aphasie à Bruxelles, le poète entre dans un mutisme quasi total, ce qui ne signe pas simplement la fin d’une existence mais le début d’un processus complexe de transformation symbolique. Ce silence brutal, paradoxalement, ouvre un espace narratif aux proches et aux contemporains qui, privés de la voix de l’auteur, prennent en main la construction de son image publique.
Ce moment charnière illustre comment une absence de parole devient l’origine d’une parole collective et conflictuelle. Les témoignages, letters, articles et commémorations se multiplient, façonnant une légende au moment même où Baudelaire ne peut plus s’exprimer. La dépossession physique entraîne une dépossession symbolique où d’autres voix se lèvent pour interpréter, défendre ou critiquer son œuvre.
Les conséquences du silence sur la mémoire collective
- 🔹 Multiplication des récits biographiques et des témoignages
- 🔹 Début d’une mythification portant le poète au rang d’icône
- 🔹 Construction d’une image ambivalente entre fragilité et grandeur
- 🔹 Création d’un vide discursif que les amis et éditeurs s’emploient à combler
On observe que ce silence ne signifie pas l’effacement du poète, mais plutôt un déplacement de la parole qui structure l’héritage baudelairien. Les proches deviennent alors les passeurs essentiels, agissant comme gardiens des manuscrits et diffuseurs d’une mémoire affective et artistique, préparant la postérité. Cette dynamique reste centrale pour comprendre les enjeux de la genèse d’une légende devant laquelle on s’incline encore.
| Année 📅 | Événement clé 🗝️ | Impact sur la postérité 📚 |
|---|---|---|
| 1866 | Silence de Baudelaire après l’aphasie | Début d’une parole collective et début de la mythification |
| 1867 | Première publication intégrale des Œuvres complètes | Stabilisation éditoriale de son œuvre |
| 1872 | Reconnaissance par une nouvelle génération de poètes | Baudelaire devient figure fondatrice de la modernité |

Les passeurs de mémoire : l’engagement collectif pour sauvegarder Baudelaire
Loin d’être un simple travail posthume, la transformation de Baudelaire en icône est l’aboutissement d’un engagement passionné de ses proches. Parmi eux, Charles Asselineau et Théodore de Banville incarnent ces gardiens infatigables de la mémoire et de la dignité du poète. Leur rôle dépasse la simple amitié : ils collectent manuscrits, organisent publications, et même combattent les caricatures nuisibles à l’honneur de Baudelaire.
Ce combat mémoriel s’accompagne aussi d’une volonté active de réhabiliter l’image du poète, souvent perçu comme un dandy provocateur voire sulfureux. Ils cherchent à imposer une lecture valorisante où la maladie, le silence et l’isolement deviennent les traits d’une grandeur méconnue, d’un martyr de l’art qui, dans son silence, campe une posture de résistance artistique.
- ✨ Asselineau : archiviste et défenseur passionné
- ✨ Banville : poète relais et orateur public
- ✨ La presse : espace de débats contradictoires mais vivants
- ✨ La solidarité dans l’adversité : réel moteur de l’émergence d’une légende
Cette dimension collective ne doit pas être minimisée. La littérature est aussi une affaire de réseaux, d’alliances dans la sphère éditoriale et journalistique. L’action de ces passeurs façonne notre perception actuelle de Baudelaire, d’autant plus vibrante quand on regarde notamment comment la presse de l’époque alimente la controverse tout en maintenant le nom du poète dans le débat public.
| Passeur de mémoire 🕯️ | Rôle clé 🎯 | Actions déterminantes 🚀 |
|---|---|---|
| Charles Asselineau | Archiviste fidèle | Collecte manuscrits, échanges de correspondances |
| Théodore de Banville | Relais poétique public | Discours et enjolivement de la mémoire |
| Presse critique | Débats publics | Polémiques souvent défensives mais renforçant la mémoire |
Pour approfondir le rôle des acteurs dans la construction de légendes culturelles, on peut aussi explorer la manière dont certains écrivains contemporains s’inspirent de cette fidélité, comme le montre l’analyse lucide sur la voix blessée de Brahim Saci, où la mémoire et l’identité se croisent avec la modernité culturelle.
Michel Lévy et la stratégie éditoriale : asseoir la postérité par une œuvre stabilisée
Michel Lévy, éditeur génial, joue un rôle décisif dans la survie posthume de Baudelaire. Avec la publication des Œuvres complètes dès 1867, il transforme une collection de textes dispersés en un corpus cohérent et lisible, propulsant la modernité baudelairienne sur la scène littéraire officielle.
Cette démarche n’est pas seulement commerciale : c’est une stratégie ambitieuse qui offre à une œuvre complexe une solidité éditoriale nécessaire pour franchir l’épreuve du temps. Ce travail d’édition contribue à faire de Baudelaire un classique, montrant à quel point la modernité artistique est inséparable de la manière dont une œuvre est mise en forme, organisée et diffusée.
- 📚 Rassemblement des textes souvent fragmentaires
- 📚 Éditions critiques avec introductions et annotations
- 📚 Promotion auprès des cercles littéraires et critiques
- 📚 Affirmation d’une version autorisée et pérenne
Sans une telle opération éditoriale, la postérité baudelairienne aurait sans doute été plus fragile, moins cohérente, voire égarée parmi les multiples fragments publiés de son vivant. Ce travail d’édition montre combien l’histoire littéraire est en réalité une histoire d’édition, de transmission concrète.
| Année 🗓️ | Action principale 🎬 | Conséquence symbolique 🏆 |
|---|---|---|
| 1867 | Première édition des Œuvres complètes | Création d’un corpus stabilisé |
| Post-1872 | Rééditions avec préfaces valorisantes | Renforcement du statut canonique |
Pour une compréhension intime et profonde des liens entre mémoire individuelle et culture collective, on peut aussi s’intéresser à des réflexions comme celles exposées dans Homme-Mer : perception et réflexion, qui évoque la manière dont notre rapport aux symboles s’inscrit dans une histoire en mouvement, directement apparentée à cette genèse baudelairienne.
Caroline Aupick : gardienne de la mémoire et paradoxe de la dispersion matérielle
Caroline Aupick, mère de Charles Baudelaire, incarne à elle seule la complexité de la mémoire et de la transmission. Chargée de préserver un certain héritage familial et artistique, elle cumule pourtant un destin ambivalent : si elle garde précieusement lettres et souvenirs, elle ne peut empêcher la dispersion matérielle progressive de l’univers intime du poète, notamment à travers la vente de la maison de Honfleur après sa mort en 1871.
Cette opposition entre conservation symbolique et dilution physique symbolise un des paradoxes au cœur du mythe baudelairien. Alors que le corps matériel et les biens s’effacent, le nom et la figure publique se renforcent et s’élèvent vers une immortalité poétique. Caroline Aupick joue ainsi un rôle déterminant dans la construction d’une mémoire affective, tout en étant malgré elle confrontée à la fragilité tangible d’une postérité matérielle.
- 🏠 Protection des archives familiales et correspondances
- 🏠 Résistance aux rumeurs et à la caricature publique
- 🏠 Vente de la maison de Honfleur, dispersion des biens
- 🏠 Équilibre délicat entre mémoire intime et image publique
| Élément 📦 | Conservation 🔒 | Dispersion 🔄 |
|---|---|---|
| Lettres & documents | Gardés et transmis par Caroline Aupick | Au sein de la famille et chez des éditeurs |
| Maison familiale de Honfleur | Mémoire symbolique conservée | Vendue après 1871, biens dispersés |
| Objets personnels | Souvent oubliés ou vendus | Perte matérielle affrontée |
Ce paradoxe éclaire aussi la manière dont les figures littéraires sont façonnées par des dynamiques d’oubli et de sauvegarde, situation qui invite à méditer sur la volatilité des traces matérielles et la pérennité d’une parole immortalisée. Cette tension résonne largement dans la littérature de notre époque, où se mêlent mémoire intime et discours public, tout comme dans l’œuvre contemporaine explorée avec acuité dans la Stèle éphémère de Victor Segalen.

Décembre 1872 : la reconnaissance générationnelle et l’affirmation d’un mythe durable
La fin de l’année 1872 constitue un moment décisif pour l’entrée de Baudelaire dans la postérité. Ce moment n’est pas celui d’une prise de conscience soudaine, mais le fruit d’un long travail collectif. La diffusion plus large des textes posthumes permet à une nouvelle génération d’écrivains de s’approprier Baudelaire, non plus comme un poète marginal ou maudit, mais comme un véritable précurseur de la modernité littéraire.
Cette génération voit en Baudelaire une source d’inspiration fondamentale, libérée des controverses morales et moribondes issues des procès et polémiques de son vivant. L’image d’un visionnaire éclaire désormais la réception critique et populaire, donnant un souffle nouveau à son héritage.
- 🌟 Emergence des lectures esthétiques dépassant le prisme moral
- 🌟 Diffusion dans les cercles littéraires et universitaires
- 🌟 Influence notable sur les poètes symbolistes et modernistes
- 🌟 Affirmation de Baudelaire comme icône de la modernité
| Acteurs clés 🎖️ | Contribution 🚩 | Conséquence culturelle 🌍 |
|---|---|---|
| Jeunes poètes symbolistes | Adoption de Baudelaire comme maître | Popularisation de son influence esthétique |
| Maisons d’édition | Multiplication des rééditions | Diffusion accrue auprès du public |
| Critiques littéraires | Réévaluation positive et valorisation | Solidification du statut canonique |
Dans cette dynamique, il est passionnant de penser à des parcours artistiques contemporains qui reprennent ce souffle d’émancipation et de renouvellement, notamment ceux qui partent et explorent de nouveaux horizons comme évoqué dans Je prends le large de Zirem, lien vivant entre héritage et modernité.
Déconstruction du mythe : l’illusion d’une reconnaissance posthume spontanée
Une idée profondément ancrée dans la culture littéraire est celle d’un Baudelaire ignoré, puis miraculeusement réhabilité après sa mort. Catherine Delons déconstruit vigoureusement ce mythe, montrant que la postérité ne surgit pas comme un éclair providentiel mais se construit lentement, dès les débuts de la maladie et du silence du poète.
Le mythe du « poète maudit » est ainsi moins une invention romantique tardive qu’un résultat d’un travail collectif, mêlant amitiés fidèles, pressions éditoriales et débats publics. Ce processus est continuel, traversé de tensions, d’hostilités et d’alliances, qui donnent progressivement une forme durable à l’image baudelairienne.
- ❗ La reconstruction de la mémoire commence avant la mort
- ❗ Des discours contradictoires participent à la stabilisation de l’image
- ❗ Le poète maudit est davantage un produit historique qu’un mythe romantique
- ❗ La postérité repose sur un réseau d’acteurs et non sur un miracle individuel
| Mythe ancien 🌫️ | Révision historiographique 🚨 | Signification culturelle ⭐ |
|---|---|---|
| Reconnaissance tardive et providentielle | Processus graduel depuis 1866 | Vision réaliste de la postérité |
| Création spontanée du mythe | Construction collective et médiée | Engagement social et littéraire |
| Poète maudit isolé | Réseaux d’amitiés et d’éditeurs | Importance du collectif |
La relecture que propose Catherine Delons apporte ainsi une lumière nouvelle sur la modernité baudelairienne, en la reliant à une réalité sociale concrète faite de transmission, d’édition et de labeur humain. Cette perspective alimente une réflexion profonde sur la nature même de la postérité et sur la manière dont un artiste devient une légende de son vivant à travers le regard des autres.
Iconographie : la puissance symbolique du haut-de-forme et du dandysme
Une image forte accompagne depuis toujours la mémoire de Baudelaire : celle du dandy au haut-de-forme élégamment porté, caricaturé notamment par Paul Verlaine. Cette silhouette n’est pas juste un souvenir esthétique, mais un véritable emblème de l’identité baudelairienne. Le dandysme chez Baudelaire dépasse l’apparence pour incarner un style de vie, une posture esthétique et une souveraineté intérieure.
La caricature de Verlaine, reproduite sur la couverture de l’ouvrage de Catherine Delons, simplifie et stylise les traits de Baudelaire, fixant ainsi une image reconnaissable et forte qui transcende la souffrance physique révélée dans ses dernières années. Le haut-de-forme agit comme un signe de résistance symbolique, une affirmation inconsciente de la permanence d’une figure qui refuse de se dissoudre dans l’oubli.
- 🎩 Le chapeau comme symbole d’élégance et de distinction
- 🎩 Une posture affirmée face à la déchéance physique
- 🎩 Un emblème visuel de la modernité baudelairienne
- 🎩 La stylisation source de mémoire et d’iconicité
| Élément visuel 👁️🗨️ | Signification culturelle 📖 | Effet sur la postérité 🎨 |
|---|---|---|
| Haut-de-forme | Marque du dandysme et de l’élégance | Fige la mémoire visuelle et sociale |
| Attitude altier | Posture de résistance artistique | Création d’une icône identifiable |
| Caricature simplificatrice | Amplifie les traits essentiels | Renforce la lisibilité et la mémoire |
Cette dualité élégance/déchéance fait écho à la photo tragique prise par Étienne Carjat en 1866-67, dernier regard sur un homme détruit par la maladie mais dont la silhouette symbolique perdure. Ainsi, l’image visuelle accompagne la transformation biographique, résumant en un geste graphique la tension centrale du livre de Delons.

Le dernier portrait d’Étienne Carjat : témoignage d’un poète au crépuscule
L’ultime regard que porte l’objectif du photographe Étienne Carjat sur Charles Baudelaire est un document d’une gravité poignante. Pris vers la fin de 1866 ou début 1867, ce portrait fait écho à la profonde fragilité du poète, retenu dans sa solitude aphasique, marqué par la maladie mais empreint d’une intensité presque surnaturelle.
Ce cliché, souvent réduit à un simple portrait, est en fait un témoin exceptionnel du passage du vivant à la postérité. Baudelaire semble figé dans un moment suspendu, à la fois proche du déclin physique et déjà au seuil d’une immortalité symbolique portée par son œuvre et par ceux qui l’entourent.
- 📸 Visage émacié et regard intense
- 📸 Contrastant avec les portraits plus jeunes et vaillants
- 📸 Témoignage visuel rare de la fin d’une vie
- 📸 Symbole du passage à la mémoire collective
| Caractéristique 🎭 | Impact visuel 👀 | Dimension symbolique 💡 |
|---|---|---|
| Regard fixe et profond | Exprime une conscience suspendue | Transition entre vie éphémère et légende |
| Vêtements sombres et sobres | Accentuent la gravité | Ancrage dans la réalité douloureuse |
| Absence de sourire | Renforce l’austérité | Préfigure le poids de la postérité |
La portée de cette image transcende la simple biographie, devenant un point de repère iconographique pour comprendre cette période-clé étudiée par Catherine Delons, qui éclaire avec justesse comment l’agonie devient le terreau d’une renaissance culturelle.
Une réévaluation historiographique majeure : la postérité comme construction sociale et culturelle
L’étude approfondie de Catherine Delons, en resserrant le cadre chronologique sur les années 1866-1872, redéfinit profondément notre compréhension de la postérité de Charles Baudelaire. Plutôt que de voir ces années comme une simple période mélancolique entre la vie et la mort, elle les décrit comme un laboratoire décisif où se fixe l’image de Baudelaire et s’élabore la modernité littéraire.
Cette réévaluation met en avant une double dynamique : d’une part la disparition progressive de l’homme et d’autre part la construction d’une icône portée par la mémoire collective, la presse, les éditeurs et les nouvelles générations de poètes. Ce mouvement met en lumière l’importance des pratiques éditoriales, des stratégies mémorielles et des conflits interprétatifs qui forment ce que nous appelons aujourd’hui la postérité.
- 📘 Années 1866-1872 : laboratoire de la postérité
- 📘 Superposition des mémoires : intime, publique et éditoriale
- 📘 Mise en forme concrète d’une œuvre et d’une image
- 📘 Engagement collectif et complexe de fidélités et d’intérêts
| Aspect étudié 🔍 | Implication 🎯 | Conséquence historique 📜 |
|---|---|---|
| Transmission éditoriale | Organisation et stabilisation des textes | Soutien durable à la postérité |
| Mémoires amicales | Recueil des témoignages et souvenirs | Humanisation de la figure baudelairienne |
| Débats publics | Polémiques et réévaluations | Renforcement des contours mythiques |
Ce regard nouveau nous fait comprendre combien la légende naissante repose sur une alchimie subtile entre l’oubli et la mémoire, entre le silence du poète et l’éloquence de ses passeurs. Plus qu’une simple gloire posthume, la postérité de Baudelaire apparaît comme une œuvre collective, fruit d’une époque en tension et d’un engagement passionné qui résonne encore joyeusement jusqu’à aujourd’hui.
Pour appréhender cette complexité de mémoire et d’identité au travers du prisme de la culture, on peut s’immerger dans des textes contemporains qui explorent avec sensibilité ces thèmes, reflétant un lien vibrant entre passé et présent, un peu comme le révèle aussi Je prends le large de Zirem.
À travers cette formidable plongée dans l’histoire d’un monument littéraire, c’est aussi une célébration culturelle de la profondeur de l’âme humaine que nous offre l’analyse pointue de Catherine Delons, une invitation à continuer à faire vivre le génie de Baudelaire avec passion et respect.
Pourquoi la période entre 1866 et 1872 est-elle cruciale pour la postérité de Baudelaire ?
Cette période est décisive car elle correspond à la fin de la vie de Baudelaire marquée par le silence dû à la maladie, mais surtout au moment où sa légende commence à se construire à travers l’action de ses proches, éditeurs et critiques. Ce moment prépare et fixe son image dans la mémoire collective.
Quel rôle jouent les amis de Baudelaire dans la construction de son mythe ?
Charles Asselineau et Théodore de Banville, notamment, sont des passeurs essentiels qui défendent la mémoire du poète, organisent la diffusion de ses œuvres, et participent activement à la reprise de son image, souvent en combattant les caricatures ou interprétations négatives.
Comment Michel Lévy contribue-t-il à la postérité de Baudelaire ?
En publiant dès 1867 les Œuvres complètes, Michel Lévy stabilise et officialise le corpus baudelairien. Cette édition cohérente joue un rôle fondamental dans la diffusion et la reconnaissance de Baudelaire comme figure majeure de la littérature moderne.
En quoi la légende baudelairienne dépasse-t-elle la simple reconnaissance d’un poète maudit ?
Le mythe du poète maudit est le résultat d’un long processus collectif et social qui commence avant la mort du poète et se poursuit à travers les actions des amis, éditeurs et critiques. Il ne s’agit pas d’une reconnaissance soudaine, mais d’une construction progressive et conflictuelle.
Quel est le symbolisme du haut-de-forme dans l’iconographie de Baudelaire ?
Le haut-de-forme est un symbole de dandysme et d’élégance chez Baudelaire. Il représente une posture esthétique et de résistance face à la maladie et à la déchéance physique, contribuant à fixer une image idéalisée et stylisée qui participe à la pérennité de sa mémoire.







