Parc national de Gouraya à Béjaïa : randonnées, singes et panoramas

Entre mer et montagne, le Parc national de Gouraya à Béjaïa s’impose comme l’un des paysages les plus saisissants du littoral algérien. Accroché aux pentes qui dominent la baie, ce massif protégé concentre falaises vertigineuses, forêts de pins d’Alep, criques rocheuses et sites historiques où se croisent randonneurs, familles en promenade et amoureux d’animaux sauvages. Beaucoup viennent pour apercevoir les célèbres macaques de Barbarie du Pic des Singes, d’autres pour respirer un air plus frais loin de l’agitation urbaine ou photographier le légendaire Cap Carbon. Tous repartent marqués par ce contraste rare entre bleu intense de la Méditerranée et reliefs abrupts plongeant vers la mer.

Situé aux portes de Béjaïa, à environ 220 km à l’est d’Alger, ce parc classé réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 2004 accueille chaque année près de 1,2 million de visiteurs. Cette fréquentation témoigne de son attractivité mais met aussi en lumière des défis bien réels : gestion des déchets, stationnement anarchique, manque de signalétique ou d’encadrement. Pourtant, derrière ces limites, Gouraya reste un laboratoire à ciel ouvert de ce que peut être un tourisme plus responsable dans le Maghreb. Entre randonnées panoramiques, découverte des singes magots, escapades vers Cap Carbon ou les Aiguades, l’expérience promet à la fois émerveillement, réflexion et prise de conscience sur la fragilité de ces écosystèmes.

Parc national de Gouraya : un écrin entre mer et montagne à Béjaïa

Le Parc national de Gouraya s’étend sur environ 2 080 hectares au nord-ouest de Béjaïa, dans une zone où les montagnes kabyles viennent toucher la mer. Sa position géographique lui donne une importance stratégique autant écologique que touristique. Il se trouve à proximité de grandes villes régionales : Sétif au sud, Tizi Ouzou à l’ouest, Jijel à l’est. Cette accessibilité permet à des visiteurs aux profils variés de s’y rendre pour une journée ou un séjour prolongé sur la côte.

L’un des atouts majeurs du site tient dans la diversité de ses paysages. Le parc englobe plusieurs lieux emblématiques : les plages et criques des Aiguades, les falaises et le phare de Cap Carbon, le promontoire du Pic des Singes, le Cap Bouak et le fort perché de Gouraya. Ces noms reviennent régulièrement dans les récits de voyageurs car ils résument à eux seuls la rencontre entre nature brute et histoire humaine. Chaque portion du massif raconte une autre facette de Béjaïa : maritime, montagnarde, spirituelle ou militaire.

Depuis le sommet du mont Gouraya, qui culmine à environ 660 mètres d’altitude, la vue s’ouvre à 360 degrés sur la baie, la ville en contrebas et la ligne dentelée des caps. Les jours de ciel dégagé, l’horizon semble infini et l’on comprend facilement pourquoi ce site a été choisi par différentes puissances pour surveiller et protéger la côte. Les vestiges historiques, notamment le Fort de Yemma Gouraya, ne sont pas de simples ruines : ils restent intimement liés à l’imaginaire collectif local, entre stratégie militaire et légendes populaires.

La richesse écologique du parc justifie pleinement son statut de réserve de biosphère. Les inventaires scientifiques mentionnent plus de 1 700 espèces de faune et de flore. Parmi elles, une trentaine de mammifères, plus de cent espèces d’oiseaux, plusieurs reptiles et amphibiens, sans oublier une multitude d’invertébrés terrestres et marins, poissons, zooplancton, mollusques et myriapodes. Le massif abrite un maquis méditerranéen typique où cohabitent oliviers sauvages, pins d’Alep, eucalyptus et essences aromatiques comme l’absinthe. Cette végétation façonne les parfums qui accompagnent les marcheurs sur les sentiers, surtout en fin de journée.

Pour beaucoup de familles kabyles et de visiteurs d’autres régions ou de l’étranger, Gouraya est le lieu d’une première rencontre avec une nature protégée. Des voyageurs européens qui préparent leur première découverte du pays trouvent dans des expériences comme celle relatée sur le récit d’une famille française en voyage en Algérie un écho à ce qu’ils peuvent vivre ici : des panoramas inattendus, une hospitalité locale forte et une immersion rapide dans des lieux encore peu standardisés par le tourisme de masse.

Ce parc n’est cependant pas une carte postale figée. Il vit au rythme des saisons, des visites de groupes scolaires, des piques-niques dominicaux et, plus récemment, des projets d’aménagement comme le futur téléphérique qui devrait relier le centre de Béjaïa au sommet. Cette dynamique pose une question essentielle : comment accueillir davantage de voyageurs tout en préservant l’esprit sauvage et la biodiversité qui font la singularité de Gouraya ? À mesure que Béjaïa s’impose parmi les destinations phares en Algérie, cette interrogation devient centrale.

Comprendre le parc comme un ensemble cohérent – géographique, écologique, culturel – permet de mieux préparer sa visite. La suite invite à décortiquer ses activités phares, à commencer par la randonnée, fil conducteur de la plupart des expériences vécues à Gouraya.

Randonnées et panoramas : sentiers, points de vue et conseils pratiques

La randonnée au parc national de Gouraya est souvent la raison principale qui pousse les visiteurs à quitter le centre-ville de Béjaïa. Les itinéraires les plus connus forment un triangle spectaculaire : montée vers le Fort de Yemma Gouraya, boucle vers le Pic des Singes, chemin côtier ou routes sinueuses menant à Cap Carbon et aux Aiguades. Chaque parcours offre des ambiances différentes, tantôt forestières, tantôt maritimes, avec des niveaux de difficulté variables qui permettent à la fois aux familles et aux randonneurs plus aguerris d’y trouver leur compte.

Un groupe d’amis originaires de Sétif, habitués aux hauts plateaux, a découvert Gouraya par une journée de printemps. Leur itinéraire les a conduits en une seule sortie du centre de Béjaïa au Pic des Singes, puis à un belvédère dominant Cap Bouak. Sans être des montagnards chevronnés, ils ont été surpris par la qualité des panoramas pour des dénivelés finalement modestes. Ce type d’expérience illustre bien ce qui rend Gouraya si populaire : l’accès rapide à des vues grandioses sans engagement physique extrême pour la plupart des circuits balisés.

Principaux sentiers de randonnée à Gouraya

Les trajets phares sont aujourd’hui suffisamment fréquentés pour que l’on s’y repère facilement, même si la signalétique pourrait être renforcée. Certains guides locaux et associations de marcheurs partagent des traces GPS ou des itinéraires détaillés, y compris pour la fameuse randonnée vers Cap Carbon à Béjaïa, qui permet de suivre les courbes de la côte tout en dominant les falaises.

Parmi les chemins les plus appréciés, on retrouve :

  • Ascension vers le Fort de Yemma Gouraya : promenade aménagée, accessible à un large public, ponctuée de points de vue successifs sur la baie.
  • Itinéraire vers le Pic des Singes : sentier offrant une vue plongeante sur la mer et la ville, avec rencontre probable des macaques de Barbarie.
  • Chemin vers Cap Carbon : parcours parfois plus rocheux, où les falaises et le phare offrent un décor spectaculaire pour les amateurs de photographie.
  • Balades vers les Aiguades : combinaisons de marche et de baignade, le long de la côte et de ses criques rocheuses.

Ces itinéraires peuvent se combiner pour construire une journée de découverte graduée : montée le matin, pause déjeuner dans un recoin ombragé, puis retour par un autre chemin permettant de varier les paysages. La clé réside dans la préparation et le respect du relief, car les pentes, bien que accessibles, peuvent surprendre sous le soleil.

Tableau récapitulatif de quelques itinéraires emblématiques

Pour aider à choisir un parcours adapté à ses capacités et à ses envies, le tableau suivant synthétise plusieurs randonnées typiques du parc :

ItinéraireDurée moyenne (AR)Dénivelé approximatifNiveau conseilléPoints forts
Fort de Yemma Gouraya depuis Béjaïa2 à 3 heures+400 mDébutant à intermédiaireVue sur la baie, fort historique, ambiance familiale
Pic des Singes1 h 30 à 2 heures+250 mTout public prudentMacaques de Barbarie, belvédère sur la mer
Cap Carbon par le versant côtier3 à 4 heures+350 mIntermédiaireFalaises, phare, panorama sur la Méditerranée
Boucle Gouraya – Cap Bouak – Aiguades4 à 5 heures+500 mRandonneur régulierAlternance montagne/mer, criques, falaises

Conseils pratiques pour une randonnée réussie

Malgré les sentiers relativement courts, la chaleur et l’absence d’ombre sur certains versants imposent quelques précautions. Les marcheurs habitués à d’autres régions d’Algérie insistent sur la nécessité d’anticiper, car l’accessibilité apparente du site peut inciter à la légèreté. Or, les secouristes locaux témoignent régulièrement de malaises dus à la déshydratation ou à la fatigue, souvent évitables.

Pour profiter pleinement des panoramas de Gouraya tout en préservant sa sécurité, quelques réflexes s’imposent :

  • Privilégier le départ tôt le matin ou en fin d’après-midi pour éviter les heures les plus chaudes.
  • Emporter au minimum 1,5 litre d’eau par personne, davantage en été.
  • Porter des chaussures fermées et antidérapantes, adaptées aux sentiers caillouteux.
  • Prévoir casquette, crème solaire et vêtement léger à manches longues.
  • Garder une distance raisonnable avec les falaises et les singes, même si la photo est tentante.

Les projets de téléphérique et d’amélioration des accès routiers devraient, à terme, faciliter l’arrivée de nouveaux publics moins sportifs. Pourtant, l’esprit de Gouraya restera lié à la marche, à ce temps long qui laisse le regard se poser et les odeurs de pins et de mer se mêler. C’est dans ce rythme plus lent que se révèlent vraiment les panoramas qui font la renommée du parc.

Singes magots du Pic des Singes : rencontre avec les macaques de Barbarie

Au cœur du Pic des Singes, un habitant attire toutes les curiosités : le macaque de Barbarie, souvent appelé singe magot. Cette espèce emblématique de l’Atlas, déjà connue des voyageurs qui traversent la Kabylie depuis des générations, a trouvé un refuge précieux dans le Parc national de Gouraya. Observer ces animaux dans leur environnement naturel est l’un des moments les plus marquants d’une visite à Béjaïa, à condition de le faire avec respect.

De nombreuses familles montent jusqu’au belvédère en pensant surtout aux photos avec les singes. Les enfants, fascinés, tendent spontanément des biscuits ou des morceaux de pain. Cet enthousiasme, compréhensible, se heurte pourtant à une réalité moins visible : cette espèce figure parmi les primates menacés, et son alimentation ne devrait en aucun cas dépendre des visiteurs. Quand les macaques associent l’homme à la nourriture facile, leur comportement se modifie, avec des risques d’agressivité, de maladies et de déséquilibre écologique.

Un habitat fragile pour une espèce menacée

Les macaques de Barbarie présents à Gouraya vivent entre zones rocheuses, buissons et petits bosquets où ils trouvent de quoi se nourrir naturellement : graines, fruits sauvages, jeunes pousses, parfois insectes. Leur capacité à se déplacer sur des arêtes étroites et des pentes abruptes impressionne les randonneurs. On les observe souvent en petits groupes, occupés à la toilette, au jeu ou à la recherche de nourriture.

Pour les biologistes, le Pic des Singes constitue un observatoire privilégié des interactions entre l’homme et la faune sauvage en Méditerranée. La proximité de la ville et le flux constant de visiteurs – particulièrement en haute saison – créent une situation paradoxale : les animaux sont à la fois protégés par le statut du parc et exposés à des comportements irrespectueux. Des restes de nourriture transformés en déchets, comme des sachets en plastique ou des canettes, peuvent être ingérés accidentellement avec des conséquences lourdes sur la santé des singes.

Gestes à adopter face aux singes de Gouraya

Pour que la rencontre avec les macaques reste un souvenir heureux et non une menace pour eux, quelques règles simples sont déterminantes. Les gardes forestiers, les associations locales et les amoureux du site insistent particulièrement sur ces recommandations. Elles ne visent pas à brider le plaisir des visiteurs, mais à concilier émerveillement et responsabilité.

Face aux singes du Pic des Singes, il est recommandé de :

  • Ne jamais les nourrir, même avec des fruits, afin qu’ils conservent un régime adapté à leurs besoins.
  • Garder une certaine distance, éviter les gestes brusques et ne pas chercher le contact direct.
  • Garder les sacs fermés pour ne pas les inciter à fouiller ou voler de la nourriture.
  • Éviter de fixer longuement un individu dans les yeux, ce qui peut être perçu comme une menace.
  • Ramener tous ses déchets, même biodégradables, pour ne pas modifier leur comportement.

Un couple de voyageurs installés quelques jours dans un hébergement de Béjaïa, conseillé par des sites spécialisés comme les guidages sur les hôtels à Béjaïa autour de Gouraya, racontait avoir d’abord trouvé ces consignes exagérées. Après avoir vu un singe fouiller une poubelle débordante, puis se chamailler violemment pour un morceau de plastique imbibé de jus, leur perception a changé. Ils ont compris que la frontière est ténue entre un moment attendrissant et une mise en danger silencieuse de l’animal.

Dimension éducative et émotionnelle de la rencontre

Les visites scolaires organisées dans le parc utilisent souvent les macaques comme fil conducteur pour aborder plus largement la question du respect de la faune sauvage. Les enfants, spontanément attirés par ces animaux proches de l’homme, comprennent rapidement que la meilleure preuve d’affection consiste à les laisser vivre selon leurs propres rythmes. Plusieurs enseignants témoignent de l’impact à long terme de ces sorties : une fois la sortie terminée, les élèves deviennent souvent des ambassadeurs d’un comportement plus responsable au sein de leurs familles.

La dimension émotionnelle de la rencontre est forte. Voir un jeune singe s’agripper au ventre de sa mère, entendre les cris d’alerte d’un groupe face à un danger perçu ou observer un adulte scruter l’horizon suffit à rappeler aux visiteurs que ces animaux ne sont ni des mascottes, ni des attractions. Ils sont les véritables habitants des lieux, que l’humain ne fait qu’effleurer le temps d’une randonnée. Cette prise de conscience transforme une simple balade en expérience mémorable, souvent citée comme un moment fort du séjour à Béjaïa.

Le Pic des Singes, avec sa colonie de macaques, fonctionne ainsi comme un miroir de nos comportements. Il révèle la capacité des visiteurs à concilier curiosité, sensibilité et responsabilité. Ceux qui parviennent à trouver ce juste équilibre rejoignent l’idée que Gouraya n’est pas seulement un décor, mais un territoire vivant, partagé avec d’autres espèces.

Histoire, Fort de Yemma Gouraya et légendes locales du parc national

Au-delà de ses sentiers et de sa biodiversité, le Parc national de Gouraya à Béjaïa est traversé par une histoire dense, marquée par la présence de multiples civilisations. En surplomb de la baie, le Fort de Yemma Gouraya se détache comme l’un des symboles les plus forts de ce passé. Construit à l’époque moderne, il fut utilisé notamment par les Espagnols pour surveiller les mouvements maritimes et protéger l’accès à la ville. Sa position, à flanc de montagne, en fait un point de contrôle idéal mais aussi un lieu chargé d’émotions pour les habitants.

Le nom de Yemma Gouraya renvoie à une figure vénérée dans la mémoire locale. Le mot « Yemma » signifie « mère » en berbère, rappelant le rôle protecteur attribué à cette sainte femme. Selon la tradition, son tombeau se trouverait à proximité du fort, faisant de ce sommet un lieu à la fois stratégique et spirituel. Nombreux sont ceux qui montent jusqu’au site non seulement pour la vue, mais aussi pour formuler un vœu, se recueillir ou simplement ressentir cette atmosphère de recueillement mêlée au vent marin.

Un fort restauré mais encore en quête de médiation

Ces dernières années, des travaux de restauration ont redonné au fort une partie de sa prestance. Les murs, les escaliers et certains espaces intérieurs ont été consolidés, tandis que l’accès a été agrémenté d’un éclairage solaire permettant une montée plus sécurisée en fin de journée. La réouverture du site a suscité l’enthousiasme de nombreux Béjaouis, attachés à ce repère visuel qui surplombe leur quotidien.

Malgré ces avancées, plusieurs éléments manquent encore pour transformer la visite en véritable plongée historique. L’absence de signalétique multilingue et de panneaux explicatifs détaillés rend l’expérience partielle, surtout pour les visiteurs étrangers ou ceux qui ne connaissent pas bien l’histoire de la région. Une unique plaque en français résume aujourd’hui le rôle du fort, là où des supports en arabe, tamazight et anglais pourraient enrichir la compréhension globale.

Cette situation illustre un enjeu plus large : la mise en valeur du patrimoine au sein des parcs naturels en Algérie. Entre protection des bâtiments, accès au public et manque de médiation culturelle, les équipes locales composent avec des moyens limités. Des initiatives citoyennes émergent, comme des visites guidées ponctuelles ou des contenus numériques indépendants, mais l’aspiration à une présentation plus complète du site reste forte.

Légendes et mémoire collective autour de Yemma Gouraya

Les récits autour de Yemma Gouraya se transmettent souvent à voix basse, dans les familles ou entre voisins. Certains évoquent des miracles attribués à son intercession, d’autres racontent comment elle veillerait encore aujourd’hui sur les marins qui quittent la baie ou sur les étudiants qui passent des examens. Ces histoires, loin d’être anodines, montrent à quel point la montagne est intégrée à la vie quotidienne de Béjaïa.

Des habitants expliquent ainsi qu’en cas de gros orage, ils jettent un regard instinctif vers le sommet, comme pour vérifier que tout reste en place. D’autres décrivent la silhouette de la montagne comme celle d’une femme allongée, protectrice et bienveillante. Ces images façonnent la manière dont on perçoit le parc : il n’est pas seulement un espace de loisirs, mais un repère identitaire et spirituel.

Lorsqu’un groupe venu d’Alger s’est rendu au fort pour la première fois, accompagné d’un guide local, la découverte de ces récits a profondément transformé leur regard. La montagne n’apparaissait plus seulement comme un point de vue spectaculaire, mais comme un lieu de mémoire, au carrefour d’histoires personnelles, religieuses et politiques. Cette expérience montre combien la médiation humaine peut rendre un site encore plus vivant.

Les vestiges historiques disséminés dans le parc – anciens ouvrages militaires, chemins pavés, constructions d’observation – complètent ce tableau. Ils témoignent de périodes où Béjaïa occupait une place majeure sur les routes maritimes méditerranéennes. Aujourd’hui, ces traces appellent à une réflexion sur la manière de concilier valorisation touristique et respect du caractère sacré attribué à certains lieux.

En tissant ensemble fortifications, légendes et pratiques contemporaines, Gouraya s’impose donc comme un territoire de mémoire autant que de promenade. Cette profondeur historique enrichit chaque randonnée et prépare naturellement à aborder un autre enjeu majeur du parc : la coexistence entre tourisme croissant et préservation de l’environnement.

Tourisme, environnement et défis de préservation au Parc national de Gouraya

Le Parc national de Gouraya reçoit environ 1,2 million de visiteurs par an, avec un pic de fréquentation durant l’été. Cette affluence, signe de succès touristique, met en lumière une tension croissante entre attractivité et préservation. Des promenades vers le fort ou le Pic des Singes, en passant par les routes menant aux Aiguades, révèlent un constat unanime chez les observateurs : la beauté des panoramas contraste avec la présence visible de déchets, de parkings improvisés et d’infrastructures parfois insuffisantes.

Lors d’une promenade un jour d’août, un groupe de marcheurs a parcouru le chemin récemment réaménagé vers le fort. Si les lampadaires solaires et le tracé régulier ont été salués, les bords du sentier jonchés de bouteilles en plastique, de sachets et de papiers ont créé un malaise réel. À l’approche du monument, un amas de détritus rompait avec la solennité des lieux. Cette scène, répétée en différents points du parc, reflète une problématique structurelle : l’absence de poubelles en nombre suffisant, de barrières de sécurité et de dispositifs de sensibilisation continues.

Déchets, stationnement et gestion des flux

Dans la zone des Aiguades, où les plages rocheuses et les petites infrastructures touristiques attirent un public varié, la question du stationnement sauvage est devenue un enjeu majeur. Faute de parking officiel aménagé, des véhicules se garent le long de la route escarpée, réduisant la largeur de passage et créant des situations dangereuses. Des individus non habilités réclament parfois des sommes forfaitaires pour garder les voitures, ce qui créée un climat d’incertitude et de désorganisation.

Les sentiers taillés dans la roche pour rejoindre les falaises de Cap Carbon ou de Cap Bouak, pourtant magnifiques, souffrent de ce manque de structuration. Sans poubelles régulières ni points d’information, certains visiteurs laissent derrière eux emballages, restes de pique-nique ou mégots. À terme, ces comportements dégradent la qualité des paysages, nuisent à la faune et donnent une image brouillée du site à ceux qui le découvrent pour la première fois.

Face à ces défis, plusieurs pistes d’amélioration circulent parmi les acteurs locaux : création de parkings réglementés, renforcement de la présence d’agents sur le terrain, installation de panneaux pédagogiques multilingues, voire mise en place de campagnes de sensibilisation ciblant en particulier les périodes de pointe estivales.

Vers un tourisme plus responsable à Gouraya

La préservation de Gouraya ne repose pas uniquement sur les institutions. Les visiteurs ont un rôle central à jouer, et nombreux sont ceux qui souhaitent évoluer vers des pratiques plus respectueuses. Pour concrétiser ce changement, plusieurs principes simples peuvent servir de guide :

  • Ramener systématiquement ses déchets en dehors du parc, y compris les restes alimentaires et mouchoirs.
  • Opter pour des gourdes réutilisables plutôt que des bouteilles jetables.
  • Choisir des prestataires locaux engagés, qui encouragent des comportements responsables.
  • Participer, lorsque l’occasion se présente, à des opérations de nettoyage citoyen.
  • Respecter les sentiers balisés pour limiter l’érosion et la destruction de la végétation.

Des initiatives commencent à voir le jour, portées par des associations, des habitants et quelques hébergements soucieux de leur environnement. Certaines randonnées guidées incluent désormais un volet pédagogique sur la biodiversité, la flore endémique et les risques liés au dérèglement climatique sur les zones méditerranéennes. Ce type d’approche convainc souvent davantage que des injonctions théoriques, car il s’appuie sur des exemples concrets observés directement sur le terrain.

Projets et perspectives pour l’avenir

Parmi les projets évoqués pour améliorer la gestion du parc, le téléphérique reliant Béjaïa au sommet de Gouraya occupe une place centrale. L’objectif serait de réduire le trafic routier, limiter la pression sur les voies d’accès et proposer une alternative plus douce pour monter vers les hauteurs. Un tel équipement, s’il est bien pensé, pourrait améliorer l’expérience des familles, des personnes âgées ou à mobilité réduite, tout en concentrant les flux dans des zones mieux équipées.

Parallèlement, des réflexions portent sur l’augmentation du nombre de poubelles, le renforcement des équipes de nettoyage en haute saison et l’introduction de signalétiques modernes, intégrant QR codes et contenus numériques. L’enjeu n’est pas d’aseptiser Gouraya, mais de lui permettre de rester un joyau naturel et historique accessible, tout en limitant l’empreinte de chaque visite.

En définitive, le succès touristique du Parc national de Gouraya constitue à la fois une chance et un test. Il interroge la capacité collective – institutions, habitants, voyageurs – à inventer des manières de voyager plus douces, compatibles avec la fragilité des écosystèmes méditerranéens. Pour ceux qui choisissent déjà d’adopter des pratiques responsables, la récompense est à la hauteur : un sentiment d’harmonie avec les lieux, qui prolonge l’effet des panoramas bien après le retour en ville.

Comment se rendre au Parc national de Gouraya depuis Béjaïa ?

Le parc se trouve aux portes de la ville de Béjaïa. On peut y accéder en voiture, en taxi ou en bus locaux depuis le centre-ville, en suivant la route de Gouraya. L’office du parc est situé à Sidi Touati, sur cette même route, et constitue un bon point de départ pour obtenir des informations sur les sentiers et les conditions du jour.

Quelle est la meilleure période pour randonner à Gouraya ?

Les saisons les plus agréables pour la randonnée sont le printemps et l’automne, lorsque les températures sont modérées et la végétation plus verte. L’été reste possible, mais il est conseillé de partir très tôt le matin ou en fin d’après-midi pour éviter la chaleur. L’hiver peut offrir de belles journées ensoleillées, avec une fréquentation moindre.

Peut-on visiter le Fort de Yemma Gouraya librement ?

Le fort restauré est accessible au public, mais les horaires peuvent varier selon la période et les travaux éventuels. L’accès se fait généralement à pied, via un sentier aménagé depuis les hauteurs de Béjaïa. Il est recommandé de se renseigner auprès de l’office du parc ou des habitants sur l’état du chemin et les éventuelles restrictions au moment de la visite.

Les singes du Pic des Singes sont-ils dangereux ?

Les macaques de Barbarie ne sont pas naturellement agressifs, mais ils peuvent le devenir s’ils se sentent menacés ou s’ils ont l’habitude d’être nourris et de fouiller dans les sacs. En gardant une distance raisonnable, en ne les nourrissant pas et en évitant les gestes brusques, la rencontre se déroule en général sans incident.

Y a-t-il des hébergements à proximité du Parc national de Gouraya ?

La plupart des visiteurs séjournent dans la ville de Béjaïa, qui propose une gamme d’hébergements allant des hôtels aux appartements. Certains établissements se trouvent à proximité de la route de Gouraya, ce qui facilite les départs en randonnée. Il est conseillé de réserver en haute saison, notamment en été et durant les vacances scolaires.

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