Tajine Lahlou de Kabylie : le tajine sucré-salé aux pruneaux
À Kabylie, le tajine lahlou aux pruneaux ne se limite pas à une recette soigneusement transmise. Ce plat sucré-salé, où la viande d’agneau mijote longuement dans un sirop parfumé à la fleur d’oranger, incarne une manière de vivre la fête et l’hospitalité. Sur les tables de Ramadan, aux mariages ou lors des grandes réunions de famille, son arrivée marque un moment de douceur assumée, presque solennelle. La viande brillante, les pruneaux confits et les amandes dorées racontent une histoire faite d’échanges entre cuisines andalouses, héritage ottoman et savoir-faire kabyle. Derrière chaque plat, il y a l’image d’une cuisine animée, de voix qui se croisent, de mains qui dressent le plat avec soin, pour que chaque convive se sente attendu.
Ce tajine séduit autant les passionnés de cuisine traditionnelle que ceux qui découvrent pour la première fois les saveurs du Maghreb. L’alliance du sucre, des fruits secs et d’une viande fondante peut surprendre, surtout pour des palais habitués à séparer nettement le sucré du salé. Pourtant, en Kabylie comme dans d’autres régions algériennes, cette association est perçue comme l’équilibre idéal entre réconfort et raffinement. En arrière-plan, se dessine aussi une réalité plus contemporaine : l’envie de préserver ces recettes dans un monde qui va vite, où l’on cherche à la fois à gagner du temps et à garder le lien avec ses racines. C’est ce va-et-vient entre tradition vivante et modernité qui donne au tajine lahlou de Kabylie toute sa puissance évocatrice.
Tajine Lahlou de Kabylie : un plat de fête entre sucré-salé et mémoire familiale
Dans les villages de Kabylie comme dans les grandes villes où se sont installées de nombreuses familles originaires de cette région, le tajine lahlou de Kabylie revient chaque année comme un repère rassurant. On le prépare pour les soirées du Ramadan, pour les fiançailles, les naissances, les retours au pays après un long séjour à l’étranger. Ce n’est pas un plat du quotidien, mais un mets de fête, servi en petites portions, presque comme un clin d’œil gourmand en fin de repas. L’expression même de “lham lahlou”, “viande sucrée”, résume l’audace de cette préparation où le sucre, le miel et les fruits secs enveloppent la viande dans une douceur parfumée.
La scène est souvent la même : après la chorba ou une soupe kabyle généreuse et quelques salades, le tajine fait son apparition. Les enfants attendent les pruneaux, les adultes se remémorent la version de leur grand-mère, des comparaisons naissent à voix basse. Les plus anciens racontent comment, à une époque où les fruits frais n’étaient pas disponibles toute l’année, les familles mettaient de côté pruneaux, abricots et raisins secs pour pouvoir cuisiner ce plat lors des grandes occasions. Dans un contexte où les ressources étaient comptées, cette profusion de sucre et de fruits séchés symbolisait une véritable générosité.
Le lien avec l’histoire culinaire du Maghreb est très fort. L’association de la viande et des fruits secs, présente déjà dans les cuisines andalouses médiévales et dans l’héritage ottoman, a trouvé en Kabylie une interprétation singulière. Ici, la fleur d’oranger occupe une place centrale. Quelques cuillerées suffisent à transformer la sauce en un sirop délicat qui rappelle les jardins d’orangers des plaines d’Algérie. La cannelle, parfois un soupçon de gingembre, viennent équilibrer ce sucré en lui donnant de la profondeur. On obtient un plat qui ne cherche jamais l’excès, mais une harmonie de saveurs.
Dans de nombreuses familles, une histoire circule à propos d’un tajine lahlou “raté” qui a failli manquer un repas de mariage ou un premier ftour de Ramadan. Souvent, ces anecdotes tournent autour d’un sirop trop épais, d’une viande pas assez fondante ou d’une fleur d’oranger versée avec trop d’enthousiasme. Ces récits révèlent une chose : la préparation de ce plat est prise très au sérieux, comme si la réussite du repas entier se jouait dans cette dernière touche sucrée. Il s’agit moins de perfection technique que de l’envie profonde de faire plaisir.
Pour mieux comprendre cette tradition, de nombreux voyageurs se tournent vers des ressources dédiées à la cuisine algérienne traditionnelle. Ils y découvrent que le tajine lahlou n’est pas figé, qu’il varie d’une région à l’autre, parfois même d’un quartier à l’autre dans une grande ville. En Kabylie, la version aux pruneaux domine, mais il n’est pas rare de trouver des mélanges avec abricots ou raisins secs, surtout dans les familles où plusieurs influences régionales cohabitent.
Au fil des années, ce plat a aussi pris une dimension identitaire forte au sein de la diaspora kabyle. Dans les appartements d’Europe ou d’Amérique du Nord, il revient chaque Ramadan, parfois avec des ingrédients adaptés au marché local, mais toujours avec la même intention : recréer l’atmosphère des maisons de famille en Algérie. La table devient alors un pont invisible entre les lieux, et la première cuillerée de tajine lahlou réactive immédiatement les souvenirs. Dans ce sens, le tajine lahlou de Kabylie n’est pas seulement un mets : c’est un langage affectif, un moyen discret de dire “bienvenue, tu es chez toi”.
Au cœur de ces pratiques, un constat s’impose : plus qu’une recette, ce plat sert de fil conducteur à des générations entières, tissant une continuité entre passé et présent autour de la même marmite parfumée.

Origines et symbolique du lham hlou kabyle, entre héritage andalou et rites du Ramadan
Remonter aux origines du lham hlou kabyle, c’est parcourir une histoire où les routes commerciales, les empires et les migrations ont façonné les tables. Les historiens de l’alimentation rappellent souvent que le Maghreb a longtemps été au croisement des cultures méditerranéennes, arabes, berbères et ottomanes. L’idée d’associer viande et fruits secs s’observe déjà dans les textes andalous médiévaux : les cuisiniers y mélangeaient agneau, miel, amandes et raisins dans des préparations lentes, destinées aux grandes tablées aristocratiques. Lorsque ces traditions ont traversé la Méditerranée, elles se sont adaptées aux produits et aux sensibilités locales.
En Kabylie, région de montagne marquée par des hivers rigoureux et par une économie longtemps centrée sur l’autoconsommation, l’usage de fruits secs a pris une importance particulière. Les pruneaux, abricots et raisins pouvaient se conserver plusieurs mois et représentaient une réserve nutritive précieuse. Le tajine lahlou est devenu un moyen de sublimer ces réserves, de les transformer en un plat festif lorsque l’occasion s’y prêtait. Dans ce contexte, servir un tel mets signifiait que la famille ouvrait ses coffres à provisions pour honorer ses invités.
Le Ramadan a renforcé cette symbolique. Dans certaines villes de l’Ouest algérien, la coutume veut que le premier jour de jeûne soit rompu avec un plat sucré-salé. Le sucre, loin d’être vu uniquement comme une gourmandise, est perçu comme une source d’énergie rapide après une journée de privation. Le lham lahlou remplit parfaitement ce rôle : sa sauce sirupeuse, nourrie par le sucre et les fruits, redonne des forces tout en douceur, sans agresser l’estomac. On comprend alors pourquoi les familles tiennent tant à l’avoir sur la table lors des premiers ftours.
En Kabylie, ce plat a aussi trouvé sa place dans les célébrations familiales. Mariages, fiançailles, naissances : à chaque jalon important, le tajine lahlou rappelle que l’on entre dans une nouvelle étape de vie sous le signe de la douceur. Certaines grand-mères expliquent à leurs petits-enfants que manger ce plat, c’est “attirer la baraka”, cette idée de bénédiction discrète mais profonde qui traverse de nombreuses cultures maghrébines. Le sucre n’est donc pas seulement un goût, mais une métaphore de ce que l’on souhaite à ceux que l’on aime.
La présence de fleur d’oranger n’est pas anodine non plus. Distillée à partir des fleurs d’oranger, elle accompagne traditionnellement les moments de fête, des pâtisseries de l’Aïd aux boissons offertes aux invités. L’ajouter au tajine lahlou, c’est relier le plat à tout un univers de célébration. Son parfum léger, qui flotte dans la maison pendant la cuisson, est souvent associé aux veillées de Ramadan et aux nuits d’été où la famille reste attablée plus longtemps, entre rires et confidences.
Cette dimension symbolique se renforce encore lorsque l’on observe la manière dont les recettes se transmettent. Les mesures ne sont pas toujours pesées avec précision. On parle de “verres”, de “cuillères”, de “ce qu’il faut de sucre selon ton goût”. La transmission passe par le geste, le regard, la dégustation à la cuillère en fin de cuisson pour ajuster le parfum. Une tante montre à une nièce comment reconnaître la texture idéale de la sauce, un oncle explique qu’il préfère la viande légèrement plus caramélisée. Chacun ajoute une nuance, mais la structure du plat reste la même, comme un canevas commun sur lequel chaque famille brode son interprétation.
Dans un contexte où les modes de vie évoluent vite, cette souplesse permet au tajine lahlou de rester vivant. Certains remplacent une partie du sucre par du miel, d’autres optent pour une cuisson légèrement plus courte pour gagner du temps. Pourtant, la symbolique demeure : à chaque fois qu’il est préparé, c’est pour souligner que le moment est important. Le tajine lahlou kabyle ressemble alors à un rituel culinaire qui refuse d’être oublié, même lorsque les cuisines se modernisent et que les agendas se chargent.
En arrière-plan, se dessine une conviction partagée : ce mélange de sucré et de salé, loin d’être un simple choix gustatif, porte en lui une manière d’habiter la fête, de célébrer les liens et de garder vivante la mémoire des ancêtres.
Recette détaillée du tajine lahlou de Kabylie aux pruneaux : ingrédients, étapes et astuces
Le tajine lahlou de Kabylie aux pruneaux peut impressionner par son allure sophistiquée, mais sa préparation repose sur des gestes simples. La clé réside moins dans la difficulté technique que dans la patience : laisser le temps à la viande de s’attendrir et à la sauce de devenir sirupeuse. Un exemple souvent cité est celui d’une famille qui prépare ce plat pour le premier jour du Ramadan : la marmite est mise à cuire en milieu d’après-midi, bien avant le ftour, justement pour que la cuisson puisse se faire sans précipitation.
Pour une version traditionnelle, on choisit de l’agneau, de préférence l’épaule ou le collier, car ces morceaux légèrement persillés supportent très bien la cuisson longue et donnent une sauce plus riche. Le smen, ce beurre clarifié typique du Maghreb, apporte une note profonde et légèrement fermentée. Si l’on n’en trouve pas, un bon beurre peut faire l’affaire, mais la saveur sera un peu moins typique. Le sucre, la cannelle, la fleur d’oranger et bien sûr les pruneaux complètent la base.
Un jeu subtil se met en place entre les quantités. On retrouve souvent ce type de proportions pour quatre personnes :
| Ingrédient | Rôle dans le plat | Quantité indicative |
|---|---|---|
| Viande d’agneau (épaule ou collier) | Apporte fondant et richesse à la sauce | 450 g |
| Smen ou beurre | Donne un parfum typique et une base grasse | 1 c. à café |
| Sucre en poudre | Crée la sauce sirupeuse caractéristique | 150 g |
| Eau de fleur d’oranger | Signature aromatique, note florale | 3 c. à soupe |
| Cannelle (pincée) | Réchauffe et équilibre le sucré | 1 pincée |
| Eau | Support de cuisson pour la viande | 25 cl |
| Pruneaux | Douceur, texture fondante, couleur sombre | 100 g |
| Amandes | Croquant, décoration du plat | Une douzaine, selon la présentation |
La séquence de préparation suit une logique précise. D’abord, la viande est coupée en morceaux moyens, suffisamment gros pour rester juteux mais pas trop pour assurer une cuisson homogène. Dans une marmite, le smen est fondu à feu moyen, puis les morceaux d’agneau y sont saisis quelques minutes. Il ne s’agit pas tant de les colorer fortement que de les enrober de matière grasse et de développer les premiers arômes.
Vient ensuite la phase de parfumage : le sucre, l’eau de fleur d’oranger, la cannelle, le sel et un peu de poivre sont versés directement sur la viande. Le mélange est remué délicatement pour bien enrober chaque morceau. Cette étape de “retour” dans le sucre permet de commencer à dissoudre les cristaux, à lier les épices et à préparer le futur sirop. Après deux ou trois minutes, l’eau est ajoutée. La marmite est couverte, le feu réduit, et la cuisson lente commence.
Pendant que la viande mijote, les pruneaux sont placés dans un bol d’eau chaude pour les faire gonfler une quinzaine de minutes. Dans certaines maisons, on ajoute quelques raisins secs pour adoucir encore la sauce, ou même quelques abricots secs pour une légère note acidulée. Une fois réhydratés, les fruits sont égouttés et réservés. Ils seront ajoutés plus tard pour éviter qu’ils ne se délitent complètement.
Lorsque la viande commence à devenir tendre – on le voit lorsqu’elle se détache légèrement à la fourchette –, les pruneaux sont incorporés à la sauce. Un nouveau filet de fleur d’oranger peut être ajouté à ce moment pour rafraîchir le parfum. La cuisson se poursuit alors à découvert, toujours à feu doux, afin de permettre à la sauce de réduire. Le but est d’obtenir une texture nappante, brillante, qui colle légèrement à la cuillère. C’est à cette étape que le cuisinier ou la cuisinière goûte et ajuste, en ajoutant si besoin un peu d’eau pour éviter que ça n’attache, ou un soupçon de fleur d’oranger supplémentaire.
Parallèlement, les amandes sont frites dans un peu d’huile jusqu’à obtenir une belle couleur dorée. Égouttées sur du papier absorbant, elles serviront de touche finale au moment du dressage. La viande est disposée au centre du plat, les pruneaux tout autour, et chaque fruit reçoit parfois une amande en son cœur, comme une petite décoration précieuse. La sauce chaude est ensuite versée par-dessus, sans tout submerger, pour laisser visibles les différents éléments.
Ce déroulé, répété de maison en maison, crée une sorte de rituel. Beaucoup constatent que le plat est encore meilleur le lendemain, après une nuit au frais. La sauce se densifie, les saveurs se mélangent davantage. Lorsqu’il est réchauffé à feu très doux, avec un léger filet d’eau pour détendre le sirop, le tajine lahlou retrouve toute sa générosité, prêt à accompagner une nouvelle soirée de partage.
Cette structure de recette offre une base solide pour explorer ensuite les multiples variantes régionales et familiales qui font la richesse de ce plat.
Variantes régionales et familiales du tajine lahlou de Kabylie aux pruneaux
À partir de la version classique du tajine lahlou de Kabylie, une étonnante diversité de variantes a vu le jour. Chaque région, parfois chaque famille, revendique une interprétation précise, souvent présentée comme “la vraie”. À Oran, à Alger, à Tizi Ouzou ou dans les villages plus reculés, la discussion revient régulièrement : doit-on ajouter des abricots secs, faut-il mélanger plusieurs fruits, quel degré de sucré convient le mieux ? Ces débats chaleureux témoignent surtout de l’attachement que suscite ce plat.
On distingue généralement quelques grandes familles de versions :
- Version aux pruneaux seuls : privilégiée en Kabylie, elle met en avant la douceur profonde et la couleur sombre du fruit.
- Version aux abricots secs : plus acidulée, appréciée pour son équilibre entre sucré et fraîcheur.
- Version mixte pruneaux + abricots : offre un contraste amusant en bouche, particulièrement populaire dans certaines familles urbaines.
- Version avec raisins secs : plus douce, idéale pour ceux qui préfèrent une sauce très sirupeuse et moins marquée.
- Variantes chbah essafra : cousines du lham hlou, avec parfois des croquettes de pâte d’amande accompagnant la viande.
Dans une même famille, on peut voir coexister plusieurs recettes, adaptées aux goûts des différentes générations. Une grand-mère tiendra à sa version uniquement aux pruneaux, tandis que ses petits-enfants proposeront d’ajouter quelques fruits plus inattendus, comme des figues sèches ou même un morceau de pomme caramélisée. Dans certaines vidéos de cuisine, on voit aussi se développer des approches plus “fusion”, intégrant quelques rondelles d’ananas ou de kiwi pour un effet exotique. Ces essais restent marginaux, mais montrent bien que la tradition n’empêche pas l’expérimentation.
Le choix de la viande représente un autre terrain de variation. L’agneau reste la référence pour beaucoup de familles kabyles, notamment pendant le Ramadan et les grandes fêtes religieuses. Cependant, le bœuf est parfois privilégié dans les zones urbaines où il est plus abordable ou plus facile à trouver. Le goût change légèrement : l’agneau apporte une note plus riche et caractéristique, là où le bœuf offre un profil plus neutre, laissant davantage de place au parfum des fruits et de la fleur d’oranger.
Certains foyers jouent aussi sur la structure du repas. Traditionnellement servi en fin de repas, en petite portion, le tajine lahlou peut désormais apparaître plus tôt, comme une entrée sucrée-salée juste après la soupe. Dans quelques familles, il est même dégusté presque comme un dessert, surtout lorsque les morceaux de viande sont réduits au profit d’une grande quantité de fruits secs. Cette flexibilité permet d’intégrer le plat à différents contextes, du dîner de fête complet au buffet plus moderne improvisé entre amis.
Une autre évolution concerne la gestion du sucre. Les préoccupations actuelles autour de la santé poussent certains à alléger légèrement la quantité de sucre blanc. On le remplace parfois en partie par du miel, qui apporte un parfum différent et une texture plus onctueuse. D’autres se tournent vers des sucres moins raffinés, tout en gardant à l’esprit que la nature même du tajine lahlou reste résolument gourmande. L’important est de retrouver ce fameux équilibre, où la cannelle, la pincée de sel et la chair de la viande empêchent le plat de devenir écœurant.
Pour qui découvre cet univers, les nombreuses vidéos et blogs culinaires dédiés au lham hlou sont une mine d’inspiration. Certains cuisiniers montrent par exemple comment dorer légèrement les fruits dans un peu de beurre avant de les ajouter à la sauce pour accentuer leur parfum. D’autres conseillent d’infuser la cannelle dans l’eau chaude avant de la verser dans la marmite, afin de diffuser l’arôme plus uniformément. Chaque astuce raconte, à sa manière, un petit bout de vie dans les cuisines algériennes.
Les voyageurs intéressés par ces déclinaisons trouvent également des idées en parcourant des ressources plus globales sur la gastronomie du pays, comme ce type de page dédiée à la cuisine algérienne et à ses spécialités régionales. On y perçoit à quel point le tajine lahlou dialogue avec d’autres plats sucrés-salés d’Algérie, mais aussi avec des préparations marocaines ou tunisiennes cousines, tout en gardant sa personnalité propre.
Finalement, cette variété de déclinaisons renforce la vitalité du plat. Chacun peut y injecter un peu de sa propre histoire et de ses préférences, sans trahir l’esprit d’origine : celui d’un tajine généreux, parfumé, qui préfère la nuance à la simplicité brutale et invite toujours à un moment de partage.
À mesure que ces variantes se multiplient, une question revient souvent : comment intégrer ce plat dans des habitudes alimentaires contemporaines tout en respectant son identité ?
Conseils pratiques : service, accords, conservation et place du tajine lahlou dans la cuisine moderne
Inscrire le tajine lahlou de Kabylie aux pruneaux dans des repas contemporains suppose d’abord de bien penser la façon de le servir. Dans la tradition, il arrive à la fin d’un repas de fête, en petite quantité, parfois accompagné d’un simple pain maison. Pour une table actuelle, particulièrement dans les villes où les convives ont des habitudes alimentaires plus légères, il peut être judicieux de le proposer sous forme de petites portions dressées dans de petits plats individuels. Cela permet à chacun d’en profiter sans ressentir de lourdeur.
Sur le plan des accords, certains optent pour un service avec du pain kabyle ou des petits pains moelleux pour saucer la dernière goutte de sirop. D’autres préfèrent l’accompagner d’un thé vert à la menthe peu sucré, qui vient rafraîchir le palais après la douceur du plat. Lors des soirées de Ramadan, la combinaison avec une soupe légère, une salade croquante et quelques bricks ou bourek salés permet de construire un menu équilibré, où le tajine lahlou agit comme un point d’orgue sucré-salé.
La question de la conservation se pose souvent, notamment pour celles et ceux qui travaillent et préparent leurs repas à l’avance. Le tajine lahlou supporte très bien un séjour de deux à trois jours au réfrigérateur. La sauce a même tendance à s’épaissir légèrement, ce qui intensifie les saveurs. Pour le réchauffer, un feu très doux est recommandé, avec l’ajout d’un petit filet d’eau pour éviter que le sirop n’attache. Le micro-ondes est généralement déconseillé, car il durcit facilement la viande et modifie la texture des fruits secs.
Dans les familles vivant entre plusieurs pays, ce plat devient un outil précieux pour créer une continuité au fil des années. Une famille installée en Europe peut par exemple décider de préparer le tajine lahlou pour le premier ftour, même si le reste du menu change au gré des marchés locaux. La viande est parfois remplacée par un morceau de veau plus accessible, les pruneaux viennent d’une autre origine, mais l’intention reste identique. Le goût, même légèrement différent, suffit à évoquer les soirées passées en Kabylie.
Cette capacité d’adaptation s’observe aussi dans les contraintes de temps. Beaucoup de foyers n’ont plus la possibilité de consacrer tout un après-midi à la cuisine. Certains raccourcissent la cuisson en utilisant des autocuiseurs pour attendrir rapidement la viande, puis transfèrent ensuite la préparation dans une casserole classique pour la phase de réduction du sirop. D’autres préparent la viande et la sauce la veille, ne gardant pour le jour J que l’ajout des pruneaux et le dressage final. Ces ajustements permettent de garder le plat dans le quotidien, au lieu de le cantonner aux rares moments de grande disponibilité.
Pour les personnes qui surveillent leur consommation de sucre, quelques stratégies peuvent être mises en place sans renoncer à la gourmandise. Réduire légèrement la quantité de sucre blanc, privilégier des pruneaux bien moelleux et naturellement sucrés, ou introduire une petite part de miel permet d’obtenir un résultat moins chargé tout en conservant le caractère sirupeux recherché. Certains ajoutent aussi une pointe de citron en fin de cuisson, très discrète, pour apporter une micro-touche de fraîcheur qui allège la perception du sucré.
On remarque par ailleurs que le tajine lahlou suscite un intérêt croissant chez les amateurs de cuisines du monde, curieux de nouvelles expériences gustatives. Dans quelques restaurants et maisons d’hôtes, notamment en Kabylie et dans les grandes villes algériennes, il figure parfois sur des menus dédiés au Ramadan ou à des soirées thématiques. Proposé en petite portion, parfois dressé de manière plus contemporaine, il permet aux voyageurs de se familiariser avec cette tradition sans être intimidés par un grand plat familial.
Au-delà de la technique et des ajustements modernes, l’essentiel demeure toutefois dans l’esprit qui accompagne sa préparation. Que ce soit dans une cuisine de village ou dans un appartement urbain, chaque marmite de tajine lahlou raconte la volonté d’offrir un moment de douceur partagée, de suspendre un instant le rythme du quotidien autour d’un plat à la fois simple et raffiné. C’est peut-être là que réside sa véritable modernité : dans sa capacité à continuer de rassembler, quelle que soit l’époque ou le lieu.
Quelle viande choisir pour un tajine lahlou de Kabylie réussi ?
L’agneau reste la viande la plus appréciée pour le tajine lahlou de Kabylie, surtout l’épaule ou le collier, qui deviennent très fondants après mijotage. Le bœuf peut cependant être utilisé si l’agneau est difficile à trouver ; il donnera une sauce légèrement différente, plus douce en goût, mais le principe de cuisson et d’assaisonnement reste le même.
Comment éviter que le tajine lahlou soit trop sucré ou écœurant ?
L’équilibre vient du dosage du sucre, de la cannelle, d’une pincée de sel et de la qualité des fruits secs. Il est possible de réduire légèrement la quantité de sucre, de choisir des pruneaux bien moelleux et de veiller à ne pas abuser de la fleur d’oranger. Goûter la sauce en fin de cuisson permet d’ajuster le sucré en ajoutant un peu d’eau ou, pour certains, une touche de miel à la place d’un surplus de sucre.
Peut-on préparer le tajine lahlou à l’avance pour le Ramadan ?
Oui, ce plat se prête très bien à une préparation anticipée. Il se conserve deux à trois jours au réfrigérateur et gagne même en saveur le lendemain, lorsque la sauce a eu le temps de se densifier. Le réchauffage doit se faire à feu doux, avec un léger ajout d’eau pour détendre le sirop, afin de préserver la tendreté de la viande et des fruits secs.
Le tajine lahlou se mange-t-il en plat principal ou plutôt en fin de repas ?
Traditionnellement, le tajine lahlou est servi en petite portion en fin de repas de fête ou de ftour pendant le Ramadan, un peu comme une touche sucrée-salée de clôture. Certaines familles le proposent toutefois en entrée après la soupe, ou l’intègrent dans un buffet où il voisine avec d’autres spécialités. Dans tous les cas, il est rarement consommé seul comme plat principal unique.
Quelles garnitures ou boissons servent le mieux ce tajine sucré-salé ?
Un pain maison ou un pain kabyle permet d’accompagner la sauce sirupeuse du tajine lahlou. Côté boisson, un thé vert à la menthe peu sucré ou une eau fraîche citronnée se marient bien avec la richesse du plat. Lors d’un ftour, il fonctionne aussi très bien aux côtés d’une soupe légère, d’une salade croquante et de quelques entrées salées, pour un ensemble équilibré.







